
Ostéopathie et pathologies dysplasiques du chien, Partie 1 : La dysplasie de hanche — accompagnement et limites
La dysplasie de hanche est une affection orthopédique fréquente chez le chien, surtout chez les grandes races. Elle provoque douleurs, boiteries et baisse de mobilité. Le diagnostic vétérinaire repose sur l’examen clinique et l’imagerie. La prise en charge combine contrôle du poids, activité adaptée, traitements médicaux ou chirurgie. En complément, l’ostéopathie animale aide à soulager les tensions, améliorer la mobilité et préserver la qualité de vie du chien dysplasique.
Le saviez-vous ? 1 chien de grande race sur 5 souffre de dysplasie de hanche ? Une affection qui peut passer inaperçue, mais dont les conséquences sur la mobilité et la qualité de vie sont réelles. Heureusement, il existe aujourd’hui des solutions médicales et fonctionnelles pour soulager nos compagnons.
La dysplasie de hanche est l’une des affections orthopédiques les plus fréquentes chez le chien, en particulier chez les races de moyen et grand format. Souvent associée à des douleurs chroniques, une boiterie voire une diminution des performances, elle constitue un véritable enjeu de bien-être animal.
Dans ce contexte, l’ostéopathie animale peut trouver toute sa place en complément du suivi vétérinaire, avec des objectifs précis et clairement définis. Comprendre ce que l’ostéopathie peut — et ne peut pas — apporter est essentiel, tant pour les professionnels que pour les propriétaires et leurs compagnons.
La dysplasie de hanche : rappels essentiels
Définition :
La dysplasie de hanche est une affection développementale et multifactorielle de l’articulation coxo-fémorale. Elle se caractérise par une incongruence articulaire entre la tête du fémur et l’acétabulum, entraînant une instabilité plus ou moins marquée.
Avec le temps, cette instabilité favorise l’apparition de lésions dégénératives telles que l’arthrose et les remaniements osseux, eux-mêmes à l’origine d’inflammation et/ou douleurs chroniques.
Origines et facteurs favorisants :
La dysplasie de hanche résulte de l’interaction de plusieurs facteurs :
- Génétiques : prédispositions des grandes races ou des races chondrodysplasiques (Exemple : Teckel, Basset etc.).
- Croissance rapide.
- Alimentation inadaptée.
- Activité physique excessive ou inappropriée chez le jeune chien.
- Facteurs biomécaniques et posturaux.
Conséquences :
Au-delà de l’articulation coxo-fémorale elle-même, la dysplasie de hanche entraîne de nombreuses adaptations compensatoires :
- Modification de la locomotion : report de charges sur les membres antérieurs et diminution de l’engagement des postérieurs.
- Tensions musculaires chroniques.
- Diminution de la mobilité du bassin et du rachis lombaire.
Ces compensations peuvent devenir, à long terme, une source de douleurs secondaires parfois plus marquées que la lésion initiale.
Diagnostic vétérinaire de la dysplasie de hanche :
Le diagnostic combine examen clinique et imagerie.
Examen clinique :
- Observation statique : asymétrie musculaire, compensations du bassin et de la colonne lombaire.
- Observation dynamique : boiterie intermittente ou chronique, difficulté à se lever ou sauter, raideur des postérieurs, diminution de l’activité.
- Palpation et tests spécifiques : si le vétérinaire suspecte une incongruence articulaire coxo-fémorale, il peut effectuer une manœuvre d’Ortolani sous anesthésie légère ou sédation. Si ce test met en évidence une mobilité anormale de la tête fémorale, le diagnostic de dysplasie est très probable.
Imagerie :
- Radiographie standard : c’est la méthode traditionnelle pour le dépistage et la classification des dysplasies de hanche. Elle permet de visualiser la congruence articulaire, l’apparition de remaniements arthrosiques ou d’ostéophytes.
- PennHIP : technique d’évaluation de la laxité coxo-fémorale chez le chiot à partir de 16 semaines. Elle permet de prédire le risque de survenue de dysplasie et d’arthrose sévère à l’âge adulte.
- Autres examens : le scanner ou l’IRM peuvent être utilisés dans les cas complexes.
Résumé diagnostic : l’examen clinique identifie les signes fonctionnels, et l’imagerie confirme le diagnostic et cote sa gravité. Il est important de souligner que l’importance radiographique de la dysplasie n’est pas toujours corrélée à l’intensité des signes cliniques.
Prise en charge vétérinaire :
La prise en charge vétérinaire est adaptée selon l’âge, la sévérité des symptômes et la gravité des lésions. Elle se divise en conservatrice (non chirurgicale) et chirurgicale.
Gestion conservatrice :
Cette option est envisagée dans la majorité des cas débutants.
- Contrôle du poids : maintenir un poids optimal réduit les contraintes articulaires et diminue la progression de l’arthrose. Ceci passe par une alimentation adaptée et de qualité, choisie en coopération avec le vétérinaire.
- Activité physique adaptée : exercices modérés et réguliers (exemples : marche, natation) pour maintenir la masse musculaire et la mobilité, en limitant la charge mécanique sur l’articulation.
- Réhabilitation et physiothérapie : hydrothérapie, étirements, renforcement musculaire ciblé et massages peuvent être utilisés dans le but de réduire la douleur et améliorer la mobilité.
- Gestion de la douleur et de l’inflammation : en cas de douleur importante, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être prescrits par le vétérinaire.
- Le repos complet ou l’inactivité prolongée sont contre-indiqués car ils favorisent l’atrophie musculaire et la raideur articulaire.
La prise en charge conservatrice ne corrige pas la dysplasie mais permet d’améliorer significativement le confort et la qualité de vie.
Prise en charge chirurgicale :
Plusieurs méthodes chirurgicales existent. Le choix de la méthode employée dépend principalement de l’âge et du poids de l’animal ainsi que de la gravité des lésions.
- Jeune chien (<1 an) : la Triple Ostéotomie Pelvienne (TOP) réaligne l’acétabulum pour améliorer la congruence articulaire.
- Chien adulte ou arthrosique : la Prothèse Totale de Hanche (PTH) remplace l’articulation. C’est l’option la plus efficace pour la douleur et la fonction.
Chez les chiens de petite taille ou lorsque la prothèse n’est pas envisageable, le vétérinaire peut pratiquer une excision de la tête et du col fémoral. Cette méthode améliore la douleur mais ne permet pas de retrouver une fonction parfaite.
Suivi :
Des consultations régulières permettent de réévaluer la douleur, la mobilité et la progression arthrosique de façon à ajuster la médication et le programme d’exercice. Les radiographies de contrôle ne sont souvent proposées qu’en cas d’aggravation clinique.
La « prévalence chirurgicale » n’est pas bien évaluée chez les chiens souffrant de dysplasie de hanche. Selon les études disponibles, il semble qu’environ 50% des chiens orientés pour avis chirurgical soient opérés. Le taux de réussite opératoire varie de 85 à 95% mais reste dépendant de la qualité du suivi post-opératoire.
Il apparaît donc que la qualité du suivi médical et fonctionnel de l’animal est indispensable pour que la chirurgie soit envisagée ou non. C’est dans ce contexte de suivi fonctionnel que des thérapies complémentaires comme l’ostéopathie peuvent être envisagées.
Place de l’ostéopathie animale dans l’accompagnement du chien dysplasique :
Objectifs de l’accompagnement ostéopathique :
L’ostéopathie animale ne prétend pas corriger la dysplasie en tant que telle. Son rôle s’inscrit dans une approche fonctionnelle et globale, avec des objectifs précis :
- Améliorer la mobilité des structures périphériques à l’articulation atteinte pour faciliter la mobilité au quotidien.
- Réduire les tensions musculaires et fasciales afin de participer à la réduction des douleurs.
L’ostéopathie vise ainsi à améliorer la qualité de vie, et non à modifier la conformation articulaire.
Quand solliciter un ostéopathe ?
L’accompagnement ostéopathique peut être envisagé :
- Chez le jeune chien à risque en prévention fonctionnelle.
- Chez le chien dysplasique asymptomatique pour favoriser la bonne répartition des contraintes et la mobilité et ainsi, si possible, freiner l’évolution.
- Chez le chien présentant des signes cliniques en complément du suivi vétérinaire, de par son action antalgique et pour favoriser la mobilité.
- Après une chirurgie orthopédique, dans le respect des délais et indications médicales, pour favoriser la récupération fonctionnelle et limiter les douleurs.
Prise en charge ostéopathique :
L’efficience des moyens d’union passifs de l’articulation coxo-fémorale en cas de dysplasie est nettement diminuée. Afin d’assurer une fonction locomotrice correcte, la stabilité doit être assurée par les moyens d’union actifs, soit les muscles stabilisateurs de la hanche.
Les muscles stabilisateurs de la hanche sont principalement les muscles glutéaux, ischio-jambiers et ilio-psoas. Afin d’assurer un fonctionnement optimal de ces muscles, l’ostéopathe vérifie principalement les zones d'insertion de ces muscles mais aussi les origines neurologiques de contrôle de ces muscles.
Ainsi, dans le cadre de la dysplasie de hanche, les zones du grasset, du bassin et des lombaires seront régulièrement investiguées et traitées. Les techniques de traitement utilisées peuvent être variées mais évitent l’utilisation de grands bras de levier avec le membre postérieur afin de ne pas augmenter les contraintes sur l’articulation coxo-fémorale.
Si le chien met en place des stratégies de compensations récurrentes, occasionnant une sursollicitation de certaines structures, celles-ci pourront également être évaluées et traitées dans le but d’éviter les douleurs et faciliter le maintien de la mobilité.
L’ensemble des techniques ostéopathiques pouvant aider les chiens dysplasiques est disponible dans la formation pratique de l’OAA Online.
Limites de l’ostéopathie dans la dysplasie de hanche :
Il est fondamental d’aborder clairement les limites de l’ostéopathie :
- Elle ne modifie pas les anomalies osseuses.
- Elle ne remplace ni le diagnostic vétérinaire, ni les examens d’imagerie.
- Elle ne se substitue pas à un traitement médical ou chirurgical lorsque celui-ci est indiqué.
- Elle ne peut empêcher l’évolution arthrosique à elle seule.
Une prise en charge pertinente repose sur une collaboration étroite entre vétérinaire, ostéopathe et propriétaire, chacun dans son champ de compétences.
En conclusion, la dysplasie de hanche est une pathologie complexe, aux répercussions générales, bien au-delà de l’articulation concernée. Si le diagnostic et le suivi vétérinaire sont indispensables, l’ostéopathie animale lorsqu’elle est pratiquée avec rigueur, éthique et discernement, constitue un outil complémentaire précieux pour accompagner le chien dysplasique tout au long de sa vie.
Dans la Partie 2, nous aborderons une autre pathologie dysplasique fréquente chez le chien : la dysplasie du coude, avec ses spécificités et ses implications ostéopathiques. Pour ne rien rater de nos prochains articles, consultez régulièrement le blog de l’OAA Online !
Sources :
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Emma R. Schachner, 2015, Diagnosis, prevention, and management of canine hip dysplasia: a review
Article écrit par J. Bertrand