
Ostéopathie et pathologies dysplasiques du chien, Partie 2 : La dysplasie du coude — accompagnement et limites
Découvrez la dysplasie du coude chez le chien : définition, formes (FPCM, NUPA, OCD, incongruence), symptômes, diagnostic vétérinaire et prise en charge. Cette affection orthopédique peut provoquer douleur, boiterie et arthrose. L’ostéopathie animale peut intervenir en complément du suivi vétérinaire pour accompagner la mobilité, les compensations et le confort locomoteur du chien, dans le respect des données scientifiques.
Le saviez-vous ? La dysplasie du coude constitue l’une des principales affections orthopédiques du jeune chien, en particulier chez les chiens de moyenne et grande taille. En France, une étude rétrospective portant sur 17 861 dossiers radiographiques issus de 13 races a retrouvé une prévalence globale de dysplasie du coude de 11,4 %, avec des variations importantes selon les races étudiées.
Comme pour la dysplasie de hanche, cette affection peut parfois passer inaperçue au début, avant de provoquer une boiterie, une diminution de l’activité et, progressivement, une arthrose du coude.
Dans ce contexte, l’ostéopathie animale peut trouver sa place en complément du suivi vétérinaire, notamment dans l’accompagnement fonctionnel de l’animal. Pour correctement accompagner les chiens souffrant de cette pathologie, il est essentiel de comprendre ce qu’est la dysplasie du coude, comment elle est diagnostiquée et quelles sont les possibilités thérapeutiques.
La dysplasie du coude : rappels essentiels
Définition :
La dysplasie du coude est une affection développementale et multifactorielle de l’articulation du coude. Elle ne correspond pas à une seule maladie, mais regroupe plusieurs anomalies susceptibles d’affecter la congruence articulaire, le cartilage et les structures osseuses.
Les quatre formes classiquement décrites sont :
- FPCM : fragment du processus coronoïde médial,
- NUPA : non-union du processus anconé,
- OCD : ostéochondrite disséquante, notamment du condyle huméral médial,
- Incongruence du coude, correspondant à une mauvaise concordance entre les surfaces articulaires du radius, de l’ulna et de l’humérus.
Ces différentes formes peuvent être présentes isolément ou simultanément chez un même chien. Elles peuvent entraîner une modification de la répartition des contraintes au sein de l’articulation et favoriser progressivement des lésions cartilagineuses puis une arthrose secondaire.
Origines et facteurs favorisants :
La dysplasie du coude est considérée comme une affection multifactorielle, faisant intervenir des facteurs génétiques, développementaux et biomécaniques.
Plusieurs éléments peuvent ainsi participer à son apparition :
- Prédisposition génétique : certaines races présentent une fréquence plus importante de dysplasie du coude. Les chiens de moyenne, grande et très grande taille sont particulièrement concernés.
- Croissance rapide : une croissance osseuse importante au cours du développement peut favoriser l’apparition de contraintes anormales au niveau de l’articulation.
- Troubles de croissance du radius et de l’ulna : une différence de croissance entre les deux os de l’avant-bras peut modifier la congruence du coude et la répartition des charges.
- Facteurs nutritionnels : comme pour d’autres affections orthopédiques du jeune chien, une alimentation inadaptée pendant la croissance peut participer au développement d’anomalies ostéo-articulaires.
- Facteurs biomécaniques : la morphologie de l’articulation et la manière dont les forces sont transmises au niveau du coude peuvent participer au développement des lésions.
La dysplasie du coude ne doit donc pas être considérée comme la conséquence d’un facteur unique. Il s’agit d’une affection résultant vraisemblablement de l’interaction de plusieurs facteurs au cours du développement.
Conséquences :
Les lésions du coude peuvent avoir des conséquences importantes sur la locomotion du chien.
On peut notamment observer :
- Douleur du coude, pouvant entraîner une diminution de l’utilisation du membre atteint,
- Diminution de l’amplitude articulaire, particulièrement lorsque l’arthrose est déjà installée,
- Boiterie d’un membre antérieur, parfois intermittente au début de l’évolution,
- Diminution de l’activité physique et difficultés lors d’exercices prolongés,
- Report des charges sur le membre controlatéral, pouvant progressivement entraîner des adaptations locomotrices,
- Arthrose secondaire, susceptible d’entretenir la douleur et la diminution de mobilité.
Ces adaptations peuvent progressivement impacter l’ensemble de la locomotion et donc du corps de l’animal.
Diagnostic vétérinaire de la dysplasie du coude
Le diagnostic repose sur la mise en relation de l’anamnèse, de l’examen clinique et de l’imagerie.
Examen clinique :
L’examen clinique permet notamment de rechercher :
- Une modification de la locomotion, voire une boiterie,
- Une douleur à la mobilisation, particulièrement en flexion ou en extension,
- Une diminution de l’amplitude articulaire,
- Une douleur provoquée par certaines associations de mouvements, notamment en extension et supination.
- Une amyotrophie du membre atteint lorsque la douleur est chronique.
L’examen clinique permet donc principalement d’identifier une douleur, une limitation fonctionnelle et d’orienter les investigations complémentaires.
Imagerie :
1. Radiographie :
La radiographie permet notamment d’identifier des signes d’arthrose et certaines anomalies osseuses retrouvées dans les dysplasies du coude.
Elle reste largement utilisée dans les programmes de dépistage et de classification.
Cependant, certaines lésions, notamment celles du processus coronoïde médial, peuvent être difficiles à visualiser directement sur les radiographies conventionnelles.
2. Scanner :
Le scanner permet une analyse beaucoup plus détaillée des structures osseuses du coude.
Il est notamment utilisé pour rechercher certaines lésions du processus coronoïde, caractériser les anomalies osseuses et évaluer l’incongruence articulaire. La littérature considère aujourd’hui la radiographie et le scanner comme les principales modalités d’imagerie utilisées pour caractériser l’incongruence du coude.
3. Arthroscopie :
L’arthroscopie permet d’examiner directement l’intérieur de l’articulation, notamment l’état du cartilage et certaines lésions intra-articulaires.
Elle présente également un intérêt thérapeutique puisqu’elle peut permettre, dans certaines situations, de traiter une lésion identifiée.
Prise en charge vétérinaire
La prise en charge dépend notamment de l’âge du chien, de la lésion identifiée, de l’état du cartilage, du degré d’arthrose et de l’intensité des signes cliniques.
Elle peut associer une gestion conservatrice et, dans certaines situations, une intervention chirurgicale.
Gestion conservatrice :
Cette approche peut notamment associer :
- Contrôle du poids, afin de limiter les contraintes mécaniques articulaires,
- Activité physique adaptée, régulière et contrôlée en fonction de la douleur et des capacités du chien,
- Réhabilitation et physiothérapie, afin de préserver la mobilité et la masse musculaire,
- Gestion de la douleur et de l’inflammation, notamment grâce aux traitements prescrits par le vétérinaire,
- Adaptation de l’environnement, par exemple avec des surfaces moins glissantes et une limitation des activités à fort impact.
Cette prise en charge vise principalement à contrôler la douleur, à préserver la fonction et à maintenir la qualité de vie.
Elle ne permet cependant pas de corriger l’anomalie anatomique responsable de la dysplasie.
Prise en charge chirurgicale :
Lorsque la lésion le justifie, différentes interventions chirurgicales peuvent être envisagées.
Selon la forme de dysplasie et l’état de l’articulation, il peut notamment s’agir :
- d’une chirurgie mini-invasive par arthroscopie, permettant d’explorer l’articulation et de traiter certaines lésions intra-articulaires,
- d’une ostéotomie, notamment lorsque l’objectif est de modifier la répartition des contraintes ou de corriger certaines anomalies de conformation,
- dans les formes avancées, de techniques visant à décharger ou remplacer tout ou partie du compartiment articulaire atteint.
La littérature montre que la supériorité de la chirurgie par rapport à la prise en charge conservatrice n’est pas établie pour toutes les formes de la maladie.
La chirurgie peut améliorer la fonction et la douleur, mais ne permet pas nécessairement d’empêcher l’évolution de l’arthrose.
Suivi :
Le suivi vétérinaire permet de réévaluer régulièrement :
- la douleur,
- la locomotion,
- l’amplitude articulaire,
- la masse musculaire,
- la tolérance à l’exercice,
- l’évolution de l’arthrose.
Le suivi est particulièrement important chez le jeune chien, car une lésion initiale du coude peut avoir des conséquences articulaires qui évoluent sur plusieurs années.
La prise en charge doit donc être considérée comme multimodale et évolutive, avec une adaptation du traitement en fonction de l’évolution clinique.
Place de l’ostéopathie animale dans l’accompagnement du chien atteint de dysplasie du coude
Comme pour la dysplasie de hanche, l’ostéopathie animale ne prétend pas corriger la dysplasie du coude.
Son éventuelle place se situe dans l’accompagnement fonctionnel de l’animal, en complément du diagnostic, du traitement et du suivi vétérinaire.
Quels peuvent être les intérêts de l’ostéopathie ?
1. Évaluation fonctionnelle :
L’examen ostéopathique peut rechercher les adaptations mises en place par le chien : modification de l’appui, diminution de l’utilisation du membre atteint, restrictions de mobilité ou sursollicitation de certaines régions.
L’évaluation peut notamment porter sur :
- le coude,
- toutes les articulations du membre thoracique homolatéral,
- le membre thoracique controlatéral,
- le rachis cervical et thoracique,
- les structures musculaires et fasciales participant à la locomotion.
2. Accompagnement du confort et de la douleur :
Lorsque cela est indiqué et toléré par l’animal, différentes techniques manuelles peuvent être envisagées sur les structures périarticulaires :
- mobilisations articulaires passives, dans les amplitudes non douloureuses,
- techniques de relâchement des tissus mous,
- techniques de relâchement et d’activation musculaire.
L’objectif est de travailler sur les conséquences fonctionnelles de la pathologie et les tensions associées, sans augmenter les contraintes appliquées à l’articulation malade.
3. Suivi fonctionnel :
Chez un chien suivi dans le temps, l’examen peut permettre de comparer certains paramètres fonctionnels :
- amplitude articulaire,
- utilisation du membre atteint,
- qualité de la locomotion,
- apparition ou diminution de certaines compensations,
- évolution des tensions musculaires et restrictions de mobilité.
Cette approche peut être particulièrement intéressante lorsqu’elle est intégrée à une prise en charge comprenant également le vétérinaire et, lorsque nécessaire, un professionnel de la réhabilitation.
Limites et zones d’ombre scientifiques
Absence de mesures objectives de l’examen clinique :
Il n’existe pas actuellement de test orthopédique du coude disposant de valeurs de sensibilité et de spécificité suffisamment robustes pour confirmer ou exclure à lui seul une dysplasie du coude.
Certaines mesures permettent d'objectiver les conséquences fonctionnelles de la maladie.
La goniométrie permet notamment de mesurer l’amplitude de flexion et d’extension du coude. Chez le chien, des travaux ont montré que les mesures goniométriques pouvaient être comparées aux mesures radiographiques et présenter une bonne reproductibilité dans certaines conditions expérimentales.
Cependant, la goniométrie présente également une variabilité liée à l’opérateur, au positionnement et aux conditions de mesure. Une étude réalisée chez des chiens sains a notamment montré que l’amplitude du coude pouvait varier entre les jours d’examen et que la différence minimale permettant de distinguer une véritable évolution d’une variation physiologique était d’environ 14° dans les conditions étudiées. Les auteurs soulignent donc la nécessité de disposer de protocoles standardisés pour le suivi.
La goniométrie doit ainsi être considérée comme un outil de suivi fonctionnel, et non comme un test diagnostique de dysplasie.
Manque d’études en ostéopathie animale :
Les principales limites concernent aujourd’hui le niveau de preuve scientifique disponible concernant l’ostéopathie animale dans la dysplasie du coude.
Les données scientifiques sont relativement nombreuses concernant la physiopathologie, l’imagerie, la chirurgie et la prise en charge de la dysplasie du coude.
En revanche, il manque encore des études permettant d’évaluer spécifiquement :
- l’efficacité de l’ostéopathie animale chez les chiens atteints de dysplasie du coude,
- l’effet des techniques à moyen et long terme sur la progression de l’arthrose,
- la différence entre l’effet d’une intervention manuelle et celui de l’exercice thérapeutique ou de l’évolution naturelle de la maladie,
- les éventuels critères permettant d’identifier les chiens susceptibles de répondre favorablement à ce type d’accompagnement.
Ces lacunes ne signifient pas nécessairement que les techniques manuelles sont sans intérêt, mais qu’il est actuellement difficile d’en quantifier précisément l’efficacité sur la dysplasie du coude.
L’ostéopathie doit donc être présentée comme un accompagnement fonctionnel complémentaire, et non comme un traitement dont l’efficacité sur la maladie elle-même serait démontrée.
Une prise en charge pertinente repose sur une collaboration entre vétérinaire, professionnels de la réhabilitation, ostéopathe animalier et propriétaire, chacun intervenant dans son champ de compétences.
Pour conclure, la dysplasie du coude est une affection développementale complexe regroupant principalement quatre formes : FPCM, NUPA, OCD et incongruence.
Ces lésions peuvent être isolées ou associées et sont susceptibles d’entraîner douleur, boiterie, diminution de mobilité et arthrose secondaire.
L’examen clinique permet d’identifier les signes de douleur et les conséquences fonctionnelles. Certaines mobilisations peuvent orienter le vétérinaire, mais aucun test manuel ne dispose actuellement de données suffisamment robustes pour établir seul le diagnostic.
La goniométrie peut être intéressante pour quantifier et suivre les conséquences fonctionnelles, tandis que l’imagerie reste indispensable pour caractériser la lésion et orienter la prise en charge.
Dans ce contexte, l’ostéopathie animale peut trouver une place complémentaire dans l’évaluation fonctionnelle, l’accompagnement du confort locomoteur et la prise en compte des compensations, notamment à l’aide de mobilisations passives, de techniques myofasciales.
Toutefois, les données scientifiques spécifiques à cette approche restent encore limitées.
L’objectif n’est donc pas de « traiter la dysplasie » par l’ostéopathie, mais de contribuer, lorsque cela est pertinent et dans le respect du diagnostic vétérinaire, à une prise en charge globale visant à préserver la mobilité et la qualité de vie du chien.
Sources :
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Sebastian Pietsch, 2021, Reliability of range-of-motion measurements of healthy dogs examined while walking on a treadmill.
Hubertus Kähn , 2023, Therapeutic success in fragmented coronoid process disease and other canine medial elbow compartment pathology: a systematic review with meta-analyses.
Lara M. Dempsey, 2019, A Comparison of Owner-Assessed Long-Term Outcome of Arthroscopic Intervention versus Conservative Management of Dogs with Medial Coronoid Process Disease.
Kenneth A. Bruecker, 2021, Canine Elbow Dysplasia: Medial Compartment Disease and Osteoarthritis.
Article écrit par J. Bertrand