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« Superfoods » pour animaux : mode marketing ou réelle valeur ajoutée ?

« Superfoods » pour animaux : mode marketing ou réelle valeur ajoutée ?

Les « superfoods » pour animaux suscitent un intérêt croissant en nutrition animale, mais leur efficacité varie selon les preuves scientifiques disponibles. Oméga-3 et probiotiques bénéficient d’un solide consensus vétérinaire, tandis que la spiruline, le curcuma, le CBD ou le collagène montrent un potentiel prometteur nécessitant davantage d’études. Pour l’ostéopathe animalier, ces compléments s’intègrent dans une approche globale du bien-être, sans remplacer un suivi vétérinaire adapté.

Un flacon de CBD pour chien peut coûter 40 à 90 euros par mois. Une cure de spiruline pour cheval, parfois plus de 50 euros par mois. Face à ces prix, une question s’impose : les « superfoods » pour animaux apportent-ils une réelle valeur scientifique ou relèvent-ils surtout d’un effet de mode nourri par le marketing du bien-être animal ?


Les « superfoods » pour animaux connaissent un essor important dans les domaines de la nutrition et du bien-être animal. Présentés comme des solutions naturelles capables d’améliorer la santé des chiens, chats et chevaux, ils suscitent autant d’intérêt que de controverses.

Mais que dit réellement la science vétérinaire actuelle ?

Entre preuves solides, pistes prometteuses et effets encore hypothétiques, il est essentiel de distinguer les niveaux de preuve.


Que sont les « superfoods » en nutrition animale ?

Le terme « superfoods » n’a aucune définition officielle en médecine vétérinaire. Il s’agit d’un concept marketing désignant des aliments riches en composés bioactifs (antioxydants, acides gras, polyphénols…), souvent d’origine naturelle.

En pratique, la littérature scientifique parle plutôt de :

  • nutraceutiques
  • compléments alimentaires fonctionnels
  • phytothérapie ou micronutrition


« Superfoods » bien documentés scientifiquement :

1)    Oméga-3 (EPA / DHA – huiles végétales et de poisson) :

Les acides gras oméga-3 sont parmi les compléments les mieux étudiés en médecine vétérinaire. De nombreux effets sont documentés :

  • réduction de l’inflammation systémique,
  • soutien cutané (dermatites, qualité du pelage),
  • amélioration de l’arthrose chez le chien,
  • bénéfices chez le cheval athlète (récupération musculaire).

Le niveau de preuve des études vétérinaires sur le sujet est fort, basé sur des revues systématiques de qualité, faisant consensus en médecine vétérinaire.


2)    Probiotiques et prébiotiques :

Le microbiote intestinal est aujourd’hui reconnu comme un acteur central de :

  • l’immunité
  • la digestion
  • certaines maladies inflammatoires

Le saviez-vous ? Les probiotiques sont des micro-organismes vivants (bactéries ou levures) qui soutiennent l’équilibre du microbiote, tandis que les prébiotiques sont des fibres non digestibles qui nourrissent ces bonnes bactéries et favorisent leur développement.

Chez le chien et le chat, l’efficacité des pré et probiotiques est démontrée dans les diarrhées aiguës et chroniques.

Chez le cheval, les pré et probiotiques ont un rôle majeur dans les déséquilibres digestifs (coliques, stress et changement alimentaire).

Le niveau de preuve des études à ce sujet est fort à modéré selon les souches probiotiques utilisées.


« Superfoods » prometteurs :

1)    Spiruline :

La spiruline est une micro-algue riche en protéines, fer et phycocyanines (antioxydants).

En médecine vétérinaire les effets observés sont :

  • modulation positive du système immunitaire,
  • amélioration de certains paramètres sanguins,
  • soutien chez le cheval convalescent ou âgé.

La spiruline présente probablement de nombreux bienfaits pour nos animaux mais ceci manque de certitude pour deux raisons principales :

  • le peu d’essais cliniques contrôlés sur les animaux, impliquant un niveau de preuve modéré,
  • la qualité très variable des produits disponibles sur le marché.


2)    Curcuma (curcumine) :

Le curcuma est connu pour ses effets potentiels comme :

  • Anti-inflammatoire
  • Antioxydant
  • Soutien articulaire (principalement pour les pathologies dégénératives)

Il est cependant difficile de généraliser l’utilisation de ce « superfood » pour plusieurs raisons :

  • Sa biodisponibilité (principalement par voie orale) est très faible,
  • Ses effets sont dépendants des formulations (pipérine, liposomes),
  • Les preuves cliniques sont encore limitées chez les animaux, atteignant un niveau de preuve faible à modéré.


3)    CBD (cannabidiol) :

Le système endocannabinoïde chez les mammifères est impliqué dans :

  • La gestion de la douleur et de l’inflammation,
  • La gestion du stress et de l’anxiété.

Le cannabidiol, principe actif du CBD sans effet psychotrope, mime l’effet du système endocannabinoïde sur le système nerveux.

Chez le chien, certaines études suggèrent une amélioration du niveau de douleur dans les pathologies chroniques de type arthrosique. Des études se penchent aussi sur les données pharmacocinétiques afin d’en avoir une utilisation saine et raisonnée.

Selon les dernières études chez les équidés, ces derniers semblent montrer une bonne tolérance à cette substance.

L’utilisation vétérinaire du CBD reste limitée par :

  • Le manque d’essais cliniques à grande échelle, impliquant un niveau de preuve faible,
  • Un cadre réglementaire strict en Europe,
  • Un manque de connaissance et de consensus quant aux dosages optimaux.


4)    Collagène et compléments articulaires :

Le collagène est souvent associé à la glucosamine et la chondroïtine. Ensemble, ils sont utilisés pour :

  • Le soutien articulaire,
  • La prévention de l’arthrose,
  • La récupération chez le cheval de sport.

Le niveau de preuve des études sur le sujet est modéré et la principale limite à son utilisation est sa biodisponibilité principalement lors d’une administration orale.


5)    Chlorella (algue verte) :

La chlorella est supposée avoir un potentiel détoxifiant (principalement sur les métaux lourds) et immunomodulateur.

Cependant, les données disponibles sont principalement issues d’extrapolations à partir de données humaines, au niveau de preuve faible à modéré.


« Superfoods » encore exploratoires :

1)    Plantes adaptogènes (ashwagandha et ginseng) :

Les bienfaits prêtés à ces plantes sont :

  • L’amélioration de la gestion du stress,
  • Le soutien immunitaire,
  • L’optimisation de la récupération physique.

Son usage est principalement empirique dans le monde équestre autant pour les animaux de sport que ceux en convalescence.

Le niveau de preuve des études sur le sujet est très faible, avec très peu d’études vétérinaires. La préparation des plantes ou l’extraction des principes actifs sont également très variables en fonction des produits.


2)    Miel :

Le miel est utilisé depuis la nuit des temps comme remède naturel, principalement pour ses propriétés :

  • Antimicrobiennes,
  • Cicatrisantes,
  • De soutien du système respiratoire (principalement utilisé chez le cheval).

Les études actuelles ont un niveau de preuve faible à modéré, mais si elles valident en partie son utilisation externe, il existe à ce jour très peu de preuves de son utilité lors d’un usage interne.

De plus, la forte teneur en sucre du miel peut induire des contre-indications principalement en présence de certaines pathologies métaboliques et/ou avec certaines médications.


Carnivores domestiques vs équidés : des besoins différents

Si certains « superfoods » peuvent être indiqués en compléments d’autres thérapies pour soutenir diverses fonctions de l’organisme, il ne faut pas oublier que la physiologie digestive des carnivores domestiques et des équidés est bien différente.

En effet, les chiens et chats ont des besoins en protéines d’origines animales élevés et une sensibilité digestive propre à chacun. Les « superfoods » doivent donc rester des compléments ajoutés à une ration complète et équilibrée et ce de façon adaptée au contexte.

Les chevaux, eux, sont des herbivores monogastriques dont l’équilibre microbiotique est très sensible aux déséquilibres alimentaires. Dans ce contexte, les « superfoods » peuvent avoir un réel impact sur la performance, la récupération ou la gestion des troubles digestifs. Cependant, il faut les introduire de façon raisonnée et surveiller leurs effets.


Limites générales des « superfoods » :

Malgré leur popularité, plusieurs précautions persistent quant à l’utilisation des compléments alimentaires :

  • absence de standardisation des produits et variabilité des concentrations actives nécessitant adaptabilité au produit et surveillance des effets.
  • extrapolation fréquente des données humaines pouvant fausser l’utilité réelle des produits.
  • risques d’interactions ou de surdosage en cas de mauvaise utilisation.
  • confusion entre alimentation et traitement médical. Les « superfoods » doivent rester une solution de soutien et non un traitement à part entière lorsque celui-ci est nécessaire.


Quelle place pour les « superfoods » dans la pratique de l’ostéopathie animale ?

Pour un ostéopathe animalier, les « superfoods » ne relèvent pas directement du geste thérapeutique, mais ils peuvent s’intégrer dans une approche globale de terrain, en complément du travail manuel et du suivi fonctionnel de l’animal.

Dans une logique ostéopathique, l’objectif est de restaurer et maintenir l’équilibre des grandes fonctions (digestive, locomotrice et neuroendocrinienne). Or, certains nutraceutiques peuvent soutenir cet équilibre de manière indirecte. Par exemple, les oméga-3 peuvent contribuer à moduler les processus inflammatoires observés dans des tableaux de restriction de mobilité chronique, tandis que les probiotiques peuvent influencer l’axe intestin–cerveau, aujourd’hui reconnu comme un élément clé dans la gestion du stress et de la douleur chez l’humain et l’animal.

Cependant, le rôle de l’ostéopathe n’est pas de prescrire ni de substituer un avis vétérinaire. Il s’agit plutôt d’adopter une posture de conseil éclairé et de collaboration interprofessionnelle, en orientant si besoin le propriétaire vers le vétérinaire lorsque l’usage de compléments est envisagé, notamment dans les cas de douleurs chroniques, de pathologies digestives ou de troubles comportementaux.

Dans cette perspective, les « superfoods » peuvent devenir des outils d’accompagnement du terrain, à condition d’être utilisés avec discernement :

  • en tenant compte de la ration globale déjà en place,
  • en évaluant le niveau de preuve scientifique disponible,
  • et en évitant toute promesse d’effet thérapeutique direct.

Pour un ostéopathe animalier, l’enjeu n’est donc pas de « recommander des superfoods », mais de comprendre leur potentiel physiologique réel afin de mieux intégrer les facteurs nutritionnels dans une vision systémique de la santé animale.


En conclusion, les « superfoods » en nutrition animale ne sont ni un mythe, ni une solution miracle.

La littérature scientifique actuelle montre une hiérarchie claire :

  • Les Oméga-3 et probiotiques ont des preuves solides de leurs effets,
  • Le Curcuma, la spiruline, le CBD et le collagène ont un potentiel intéressant mais une efficacité encore à étudier,
  • Les adaptogènes et la chlorella sont encore à un stade exploratoire.


Sources :

WSAVA, 2023, Global Nutrition Guidelines.

Brooklynn D. Liversidge, 2024, Comparison of the fecal microbiota of adult healthy dogs fed a plant-based (vegan) or an animal-based diet.

Jan S. Suchodolski, 2021, Analysis of the gut microbiome in dogs and cats.

Vasileios Bampidis, 2023, Safety and efficacy of a feed additive consisting of Lactiplantibacillus plantarum DSM 11520 for horses, dogs, cats and pet rabbits (Animal Probiotics Sweden AB).

Connie A. Rojas, 2024, Species-level characterization of the core microbiome in healthy dogs using full-length 16S rRNA gene sequencing.

Fabio Mainardi, 2025, A bi-variate framework to model microbiome resilience in healthy dogs.

Ana R. J. Cabrita, 2023, Effects of microalgae as dietary supplement on palatability, digestibility, fecal metabolites, and microbiota in healthy dogs.

Jingyang Zhang, 2024, Curcumin, a plant polyphenol with multiple physiological functions of improving antioxidation, anti-inflammation, immunomodulation and its application in poultry production.

ANSES, 2021, Phytothérapie et aromathérapie chez les animaux producteurs de denrées alimentaires Proposition d’une méthodologie d’évaluation du risque pour le consommateur.

Valentine Muller, 2022, Les nutraceutiques dans la gestion du chien arthrosique : analyse critique de la littérature.

EFSA, 2026, Limite de sécurité provisoire pour le cannabidiol en tant que nouvel aliment.

Maude Barbeau-Grégoire, 2022, Nutrition enrichie et nutraceutiques dans l’arthrose canine : une revue systématique et une méta-analyse.

Solène Bacconnier, 2025, Le miel et son emploi thérapeutique dans la cicatrisation cutanée chez le chien : études bibliographique et in vitro.

C. E. Lenox, 2013, Potential adverse effects of omega-3 Fatty acids in dogs and cats.


Article écrit par J. Bertrand

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