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Examen palpatoire des membres du cheval : méthode pas à pas

Examen palpatoire des membres du cheval : méthode pas à pas

Découvrez les bases de l’examen palpatoire des membres du cheval en ostéopathie animale : observation statique et dynamique, palpation musculaire, articulaire et tests de mobilité. Cet article de notre école d’ostéopathie animale en ligne détaille une méthode clinique structurée pour détecter tensions, asymétries et troubles locomoteurs chez l’équidé. Idéal pour se former à la biomécanique équine et au raisonnement clinique en ostéopathie animale.

« Le diagnostic commence lorsque l’on apprend à voir ce qui est différent. » — William Osler


Après avoir abordé l’examen palpatoire du dos et du bassin du cheval dans un article dédié, nous allons maintenant nous concentrer sur l’examen palpatoire du squelette appendiculaire.

L’examen palpatoire des membres constitue une étape essentielle de l’évaluation fonctionnelle en ostéopathie animale. Les membres du cheval représentent l’interface principale entre l’organisme et le sol, assurant à la fois support du poids, propulsion et amortissement des contraintes mécaniques.

Les affections locomotrices représentent la première cause de baisse de performance et d’arrêt d’activité chez le cheval de sport. Une grande partie de ces troubles concerne le système musculosquelettique appendiculaire, incluant articulations, muscles, tendons, ligaments et fascias. Les douleurs distales peuvent également induire des compensations proximales affectant le rachis et le bassin.

La palpation permet d’évaluer la qualité des tissus, la sensibilité, la mobilité et la symétrie fonctionnelle, éléments indispensables pour orienter le raisonnement clinique.

Cet article propose un protocole structuré pour l’examen palpatoire des membres thoraciques et pelviens des équidés.


Préparation de l’examen :

La qualité de l’examen dépend fortement de la standardisation du contexte d’observation. Voici quelques recommandations pour effectuer un bilan clinique dans de bonnes conditions :

  • Privilégier un environnement calme et familier,
  • Opter pour un sol plat et non glissant,
  • Vérifier la disponibilité de l’animal, qui doit être détendu et attentif.


Position de référence :

Pour que l’observation et la palpation soient fiables et reproductibles, il est essentiel de standardiser la position de l’animal. Le cheval est placé :

  • A l’arrêt sur un sol plat,
  • Les membres sont positionnés de façon symétrique,
  • La tête est dans l’axe du corps.


Sécurité :

Pour assurer un examen clinique serein, il est nécessaire que tous soient en sécurité ; le praticien, le teneur et l’animal.

  • S’assurer d’une bonne tenue de l’animal par le teneur et lui demander de toujours rester du même côté de l’animal que le praticien.
  • Maintenir autant que possible un contact tactile franc mais doux avec l’animal.
  • Éviter de positionner ses mains et sa tête dans des zones à risque de coup, principalement lors de l’abord de zones douloureuses.


Observation préalable :

Avant toute palpation, l’observation permet d’orienter l’examen et d’identifier d’éventuelles contre-indications.


Observation statique :

Observez le cheval de face, de profil et de dos.

Dans un premier temps, évaluez l’état général de l’animal, ce qui pour les membres concerne principalement :

  • Etat des pieds,
  • Plaies et cicatrices,
  • Zones de dépilation et frottement.

Ensuite concentrez-vous sur les déformations éventuelles :

  • Engorgement d’un ou plusieurs membres sur une zone plus ou moins grande,
  • Distension focale (« molettes » articulaires ou tendineuses),
  • Épaississement articulaire ou osseux.

Une augmentation de volume sur un membre peut indiquer une pathologie aiguë ou chronique. Ceci ne représente pas une contre-indication en soi à l’ostéopathie mais un point qui doit être investigué avec plus d’intérêt lors de la palpation.

Portez ensuite votre attention sur les masses musculaires. Évaluez leur trophicité et leur symétrie :

  • Epaule : trapèzes et rhomboïdes, triceps et pectoraux,
  • Avant-bras : extenseurs et fléchisseurs du doigt,
  • Cuisse : quadriceps et tenseur du fascia lata, fémoraux caudaux et adducteurs,
  • Jambe : gastrocnémiens, fléchisseurs et extenseurs du doigt.

L’observation d’une masse musculaire hypotrophiée signifie un manque d’utilisation de ce groupe musculaire, pouvant avoir plusieurs origines mais nécessitant souvent un suivi rigoureux.

Enfin, observez l’alignement des différents segments osseux des membres :

  • Aplombs,
  • Positionnement scapulo-huméral (haut/bas, en dedans/en dehors),
  • Orientation des carpes et des boulets,
  • Orientation des jarrets et des boulets,
  • Équilibre des pieds.

Les déviations angulaires permettent de comprendre les zones soulagées et celles en surcharge.


Observation dynamique chez le cheval :

L’examen locomoteur permet d’identifier des boiteries nécessitant un avis vétérinaire et des asymétries fonctionnelles pouvant être améliorées par l’ostéopathie.

Commencez par un aller-retour au pas en ligne droite sur un sol dur. Observez la locomotion de face, de profil et de dos. Lors de ces aller-retours, observez les membres du global vers le spécifique :

  • Régularité des foulées,
  • Symétrie des phases de soutien (embrassée pour les antérieurs et engagement pour les postérieurs) et d’appui,
  • Trajectoire globale des membres,
  • Amplitude et symétrie de chaque étage articulaire : épaule, coude, carpe, boulet, hanche, grasset, jarret et boulet.

Il est parfois nécessaire de compléter l’analyse dynamique en demandant des aller-retours en ligne droite au trot, des cercles aux deux mains et des déplacements sur sol dur et mou.

Une diminution de phase d’appui peut indiquer une douleur du membre concerné.

Une trajectoire de mouvement asymétrique peut signifier une douleur, une raideur ou un comportement d’évitement.

Une asymétrie d’amplitude articulaire est à investiguer plus précisément pour comprendre le fonctionnement de l’articulation concernée.


Examen palpatoire du membre thoracique :

Si vous avez observé des plaies, gonflements ou boiteries lors de l’examen précédent, évaluez le besoin de soins vétérinaires et si besoin, réorientez le patient. Dans le cas contraire, continuez votre bilan.

Les objectifs de l’examen palpatoire sont de détecter les zones de tension, d’hypomobilité et de douleur.

Procédez de proximal en distal (de la scapula au pied et de la hanche au pied), en gardant une progression lente et attentive.


Palpation superficielle :

Préférez un contact palmaire global avec une pression légère. Glissez doucement la main de la face latérale de la scapula vers l’épaule, le coude, l’avant-bras et le métacarpe, jusqu’au pied. Le but de cette première palpation est d’identifier :

  • Des différences de température, tonus ou texture, souvent dans les zones trop contraintes.
  • Observer les réactions du cheval (retrait ou regard), souvent dans les zones sensibles.


Palpation musculaire :

Posez les doigts à plat avec une pression plus importante, dans la zone que vous souhaitez palper.

  • Délimitez chaque muscle palpable : Trapèzes, rhomboïdes et brachiocéphalique / Deltoïde, supra-épineux et infra-épineux / Pectoraux (ascendant, descendant, transverse et subclavier) / Triceps, biceps et brachial / Fléchisseurs et extenseurs du carpe et du doigt.
  • Recherchez des spasmes, hypertonies ou fibroses.

Les tensions musculaires peuvent influencer l’amplitude du mouvement observé en dynamique.


Palpation des structures tendineuses :

La palpation tendineuse s’effectue au niveau du métacarpe pour évaluer l’intégrité et la sensibilité des tendons et des gaines du doigt. La palpation recherche un épaississement, une rigidité ou une sensibilité.

Les tendons investigués sont :

  • En face palmaire : tendon fléchisseur superficiel du doigt, tendon fléchisseur profond du doigt et ligament suspenseur du boulet,
  • En face dorsale : tendon extenseur dorsal du doigt.


Palpation articulaire :

La palpation articulaire s’intéresse principalement à l’aspect et à la sensibilité des capsules et ligaments. Chaque moyen d’union passif des articulations est palpé à la recherche de distension capsulaire, fibrose ligamentaire et sensibilité :

  • Huméro-antébrachiale : ligaments collatéraux,
  • Carpe : ligaments collatéraux,
  • Boulet : ligaments collatéraux et sésamoïdiens.


Tests de mobilité passive :

Évaluez le fonctionnement global du membre par de grands mouvements de protraction et rétraction. Lors de ces mouvements, évaluez la fluidité et l’amplitude. Ceci permet souvent d’identifier des articulations en manque de mobilité.

Puis testez les mouvements mineurs des articulations potentiellement problématiques. Les mouvements testés pour les articulations du membre thoracique sont : flexion-extension, abduction-adduction, rotations interne-externe et glissements antérieur-postérieur.

Il est toujours utile de comparer les deux côtés gauche et droit pour mettre en avant une réelle asymétrie aphysiologique.

Une restriction de mobilité peut indiquer une restriction articulaire ou myofasciale.


Examen palpatoire du membre pelvien :

Le membre pelvien assure principalement la propulsion lors de la locomotion. Il est donc moins sujet aux affections articulaires que le membre thoracique mais le rôle des structures musculaires et tendineuses est prépondérant.


Palpation superficielle :

Préférez un contact palmaire global avec une pression légère. Glissez doucement la main de la face latérale de la cuisse vers le grasset, le jarret et le pied, jusqu’au sabot. Le but de cette première palpation est d’identifier :

  • Des différences de température, tonus ou texture, souvent dans les zones trop contraintes.
  • Observer les réactions de l’animal (retrait ou regard), souvent dans les zones sensibles.


Palpation musculaire :

Posez les doigts à plat avec une pression plus importante, dans la zone que vous souhaitez palper.

  • Délimitez chaque muscle palpable : Tenseur du fascia lata et quadriceps / Biceps fémoral, semi-tendineux et semi-membraneux / Gastrocnémiens / Fléchisseurs et extenseurs du tarse et du doigt.
  • Recherchez des spasmes, hypertonies ou fibroses.

Les tensions musculaires peuvent influencer l’amplitude du mouvement observé en dynamique.


Palpation des structures tendineuses :

La palpation tendineuse s’effectue au niveau du métatarse de façon similaire au membre thoracique.

Les tendons investigués sont :

  • En face plantaire : tendon fléchisseur superficiel du doigt, tendon fléchisseur profond du doigt et ligament suspenseur du boulet,
  • En face dorsale : tendon extenseur dorsal du doigt.

Sur le membre pelvien il est également intéressant de palper le tendon patellaire et le tendon commun formant la corde du jarret.


Palpation articulaire :

La palpation articulaire s’intéresse principalement à l’aspect et à la sensibilité des capsules et ligaments. Chaque moyen d’union passif des articulations est palpé à la recherche de distension capsulaire, fibrose ligamentaire et sensibilité :

  • Grasset : ligaments patellaires, ligaments collatéraux et ménisques,
  • Jarret : ligaments collatéraux,
  • Boulet : ligaments collatéraux et sésamoïdiens.


Tests de mobilité passive :

Comme pour le membre thoracique, évaluez le fonctionnement global du membre par des mouvements de protraction et rétraction et identifiez des articulations en manque de mobilité.

Puis testez les mouvements mineurs des articulations potentiellement problématiques. Les mouvements testés pour les articulations du membre pelvien sont : flexion-extension, abduction-adduction, rotations interne-externe et glissements antérieur-postérieur.

Il est toujours utile de comparer les deux côtés gauche et droit pour mettre en avant une réelle asymétrie aphysiologique.

Une restriction de mobilité peut indiquer une restriction articulaire ou myofasciale.


Pour en savoir plus sur la biomécanique des membres du cheval, rendez-vous sur les cours de la formation théorique de l’OAA Online !


Cette évaluation précise et méthodique permet à l’ostéopathe d’évaluer les membres du cheval de façon efficace et professionnelle. Celle-ci lui permet de réorienter l’animal si besoin, comprendre les zones de dysfonctionnement et proposer un plan de traitement adapté.


Limites de la palpation :

La palpation est un outil indispensable de l’ostéopathe animalier pour son diagnostic et son traitement. Cependant malgré tous les efforts cet outil reste faillible :

  • La perception tactile reste une sensation subjective dépendante de l’expérience et de la sensibilité du praticien et il en résulte une certaine variabilité inter-opérateur.
  • La palpation sur les membres en médecine vétérinaire est souvent insuffisante pour poser un diagnostic et les examens complémentaires sont régulièrement nécessaires (radiographie et échographie principalement).
  • Les adaptations comportementales des équidés face à la douleur peuvent modifier les résultats et l’interprétation des tests cliniques.


En somme, l’examen palpatoire des membres du cheval constitue une étape fondamentale du raisonnement clinique en ostéopathie animale bien que parfois limitée.

Une approche structurée permet d’améliorer la reproductibilité de l’examen, d’identifier les dysfonctionnements mécaniques et d’orienter la prise en charge thérapeutique.

Avec l’expérience, le praticien développe une perception tactile fine permettant d’évaluer la qualité du mouvement et de la fonction.

La palpation doit toujours être intégrée dans une démarche clinique globale associant observation, tests fonctionnels et collaboration interprofessionnelle.


Sources :

Sue J. Dyson, 2011, Diagnosis and Management of Lameness in the Horse.

J.M. Denoix, 1999, Functional anatomy of the equine limbs.

Hilary Clayton, 2016, HORSE SPECIES SYMPOSIUM: Biomechanics of the exercising horse.

Tiago Atalaia, 2021, Equine Rehabilitation: A Scoping Review of the Literature.

Barbara Riccio, 2018, Two Multicenter Surveys on Equine Back-Pain 10 Years a Part.

Gillian Tabor, 2020, Generation of Domains for the Equine Musculoskeletal Rehabilitation Outcome Score: Development by Expert Consensus.

Natalia Domańska-Kruppa, 2024, Advances in the Clinical Diagnostics to Equine Back Pain: A Review of Imaging and Functional Modalities.


Article écrit par J. Bertrand

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